La participation online à Brest, par Hubert Guillaud
Hubert Guillaud, intervenant sur l’une des sessions TED, nous fait l’honneur de produire une note à partir de l’atelier animé par Marc de Fouchécour. L’article est disponible sur le Tumblr de la FinG et nous le relayons ici, trait pour trait. Encore merci à Hubert :
A l’occasion des 1ère rencontres nationales Cap Com, Communication et territoires 2.0, qui se tenaient à Rennes les 16 et 17 octobre et où la Fing intervenait massivement, je partage quelques notes, factuelles, de l’atelier “Intéragir avec les citoyens” animé par Marc de Fouchécour de NextModernity et Gaelle Malgorn de la ville de Brest, qui présentait en détail l’expérience participative en ligne Brestoise.
La participation à Brest
Participation-Brest, le site, a été créé en 2002 dans le but de développer la participation des habitants. Outil ouvert de participation sur les initiatives des habitants (présentant la vie des quartiers, et accueillant quelques 10 journaux de quartiers en ligne), sur les conseils de quartier (compte-rendu et forums), et sur la citoyenneté des jeunes (pour que les jeunes puissent retrouver en ligne leurs témoignages récoltés lors de la Semaine des droits de l’enfants organisée chaque année autour du 20 novembre). Le site produit une lettre d’information bi-mensuelle (280 abonnés).
Sur ce site, l’écriture en ligne est parfois faite par les services de la ville, mais aussi par les habitants, d’où la nécessité de les accompagner via des formations à la demande sur le thème de l’écrit journalistique (techniques de l’interview, etc.) ou sur l’utilisation des outils, organisés tout au long de l’année et dont les habitants sont très demandeurs. Depuis 2005-2006, les formations se sont rendues dans les quartiers pour être plus accessibles aux acteurs du terrain. Cela a donné naissance à des sites collaboratifs de quartiers, comme le projet de l’internet de quartier de Kérourien ouvert depuis un espace multimédia situé dans un appartement d’un quartier difficile, valorisant les productions des jeunes du quartier. Les journaux de quartiers sont à l’origine des journaux papiers, et certains commencent à être mis en ligne. L’idée de mettre en ligne des écrits est d’ailleurs partie de l’idée de donner à lire ce qu’il se passait sur les quartiers à l’autre bout de la ville.
L’écrit public représente l’expression publique que se soit sous forme d’écrit, de vidéo, de photos, de sons. Pour le Service Démocratie Locale et Citoyenneté de la Ville de Brest, l’accompagnement à l’écrit public est capital : il passe par la valorisation des projets sur le site, l’accompagnement, le prêt de matériel et par une manifestation tous les deux ans autour d’Ecrits-Ecrans publics pour valoriser les réalisation. Une manifestation qui se construit en mode collaboratif, en présentiel et via un wiki, comme la plupart des rencontres brestoises (une quizaine de rencontres se construisent en ligne à Brest). Bien évidemment, les écrits publics se multiplient et se diversifient : projet de création d’une web radio par un collège, mise en place d’ateliers de formation à la vidéo légère, à la musique assistée par ordinateur.
Les acteurs produisent du contenu, valorisé par les sites, comme le Mediablog qui stocke images et vidéos en ligne. Les écrits se diversifient vers la coproduction de savoirs publics, avec Wiki-Brest pour que les gens puissent parler de leur quartier de leur vie, partant du principe que chacun a quelque chose à apporter. Une approche qui veut avant tout favoriser le lien social, valoriser les personnes et viser la reconquête de l’estime de soi, car au-delà de la valeur du contenu, il y a une fierté de montrer qu’on est capable de mettre quelque chose en ligne.
Avec 100 Points d’accès public à l’internet (Papi), Brest montre l’importance de l’accompagnement, de la médiation, du temps long de l’appropriation. Pour développer des contenus, Brest a développé des wiki-journées sur certains thèmes (les recettes de quartier, les femmes, la musique…) pour recueillir des témoignages auprès des gens, dans les maisons de quartier, dans les maisons de retraite, les écoles… Cela a donné naissance aussi à Wiki-Comptoir pour que les gens se rencontrent et des formations à l’écriture sur un Wiki… Une personne travaille à temps complet sur WikiBrest.
WikiBrest, c’est 1840 articles, 100 nouveaux articles par mois, 878 contributeurs, plus de 2 millions de pages vues depuis le lancement du projet. WikiBrest a fait des petits : WikiManche, WikiPicardie et bientôt WikiRennes.
Pour Gaelle Malgorn, les facteurs de la réussite reposent sur des acteurs locaux dynamiques et motivés (Papi, structures de quartiers…),
- une volonté politique (un élu notamment, Michel Briand),
- et un accompagnement et un soutien des services de la ville de Brest (7 personnes dédiés à ces projets).
Il faut continuellement accompagner, solliciter, donner l’envie d’écrire, rappelle Gaëlle Malgorn.
Quel objectif, quelles passerelles, quelle évaluation ?
“Mais quel est l’objectif ?”, demande une personne du public. L’objectif était de donner la parole aux personnes, répond Gaelle Malgorn. Le retour on l’a par les contenus, par la qualité. L’objectif était de favoriser le lien social, de valoriser les personnes et de faciliter l’appropriation par tous des nouvelles technologiques. Cela nous a permis de toucher les jeunes qui n’ont plus envie d’utiliser un crayon et d’une feuille de papier, comme à l’école.
Sur participation-Brest, il y a un processus de validation des articles. Mais sur Wiki-Brest, l’article est immédiatement valorisé. Trois personnes font de la modération sur le wiki. Les questions posées sont transmises aux élus. Sur participation-Brest, les rejets d’articles ne sont pas si fréquents (98 % d’articles validés), car il y a une charte d’utilisation. Les articles politiques donnant des opinions sur les hommes politiques locaux sont écartés par exemple, car ce n’est pas le but de cet espace.
Reste qu’aujourd’hui, les passerelles entre le site officiel de la ville de Brest et WikiBrest ou Participation-Brest n’existent pas vraiment (hormis des liens vers des contenus précis). Une remarque qui fait débat dans le public, comme si la ville n’assumait pas ses quartiers et n’allait pas jusqu’au bout de la reconnaissance qu’elle initie… Bien sûr, les internautes peuvent faire leur propres passerelles, leur propre portail, rappelle Marc de Fouchécour : si les collectivités ne tissent pas de liens, les gens le feront.
“Quelle évaluation est faite de l’initiative ?”, demande une autre personne du public. On sait que c’est souvent les mêmes personnes qui s’impliquent, les mêmes que celles qui sont bien souvent actives dans les associations… On voit bien, insiste Gaëlle Malgorn, que ce travail dépasse le seul cadre d’un seul service ou d’une seule mission. L’intérêt et la stratégie sont différentes. A Rennes, l’interrompt l’un des responsables de la ville, la montée en puissance de l’information locale s’organise aujourd’hui de façon destructuré. L’idée d’un wiki à Rennes, a pour but d’offrir une expérience de partage de vécu du territoire.
“Comment les agents, les autres élus recoivent ce type de sites ?”, demande une autre personne. Tout le monde n’est pas réceptif. Mais les formations sont ouvertes aux personnels de la ville, aux animateurs des quartiers. Le personnel formé, petit à petit, utilise aussi ces outils. Le plus important, explique Gaëlle Malgorn, c’est que des citoyens, parfois les plus éloignés, ont été rattachés au projet, s’expriment maintenant en ligne, et traces après traces collectent la mémoire et la vie des brestois.
Hubert Guillaud
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