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La conquête des territoires communicants
Un des deux ateliers du vendredi, animé par Thierry Marcou, directeur du programme villes 2.0, et Hugues Aubin, chargé de mission à la ville de Rennes, nous embarquait avec diligence sur un nouvel horizon de l’ouest à explorer, celui des territoires communicants.
Je dois dire que c’est typiquement le genre d’exposé qui me plaît. Beaux transparents, URLs à foison, prospective grande ouverte, mais pieds sur terre. On ne s’ennuie pas une seconde.
Thierry a commencé par nous emmener vers Londres, direction un haricot perdu entre deux voies automobiles, où des allumés ont planté il y a quelques temps de la lavande, qu’ils entretiennent consciencieusement. La “guerrila gardening“, cela s’appelle. Là où la collectivité n’a plus le temps, l’envie, le budget pour entretenir ses bouts de ville perdus, nos jardiniers armés (de leurs râteaux, sourires et bonnes graines) investissent le paysage et y plantent leurs propres User Gardened Contents. Leçon 1 : les collectivités doivent apprendre à composer avec ces collectifs émergents.
Deuxième exemple d’un bout de territoire qui pulse, la tour Dexia à Bruxelles. Une tour sur laquelle on peut inscrire (via un jeu de lumière associé à chaque fenêtre) des messages, des dessins. Que vous pouvez envoyer, vous, par SMS, ou que la ville affiche, par exemple pour indiquer les différences quotidiennes de température avec les moyennes des dernières années, juste en changeant la couleur de la tour (voir les projets en cours ou passés sur cette tour). Ceci m’a rappelé l’expérience du même genre lancée par l’opérateur mobile Starfruit dans Second Life. Leçon 2 : voyez grand.
On continue avec ce petit poil à gratter qu’on a tous eu un jour ou l’autre. Des poubelles qui débordent, un lampadaire qui ne fonctionne plus, un nid de poules à boucher… comment et qui prévenir à la mairie ? Fix me street apporte la réponse. Autrement dit, le city bug reporting à la sauce 2.0. Leçon 3 : transformez vos administrés en auxilliaires. Eux, s’organisent rapidement pour communiquer entre eux les déficiences du territoire, comme ce fil twitter sur la ligne 13 du métro parisien. Et si vous ne faites pas vous-même la promotion 2.0 de votre territoire, d’autres le feront à votre place. Comme ce guide urbain, simple, rapide et enfin efficace, comme ils disent (moi où).
Alors, comment rester dans la course ? Leçon 4 : en sachant ouvrir vos données territoriales par des API astucieuses auxquelles les autres services, publics ou privés, pourront se relier. Thierry Marcou propose d’effectuer un double diagnostic au sein de la collectivité :
- c’est qui le graphe local de votre territoire ? Trouver / comprendre / collectionner les contenus numériques qui révèlent votre territoire
- préparer le grand mix : quelle sont les données que je voudrais partager avec ces gens-là, et qu’est-ce que cela donnerait comme mashup ? Par exemple ceci : mobile + GPS + Wikipedia.
Leçon 5 : disposer d’un système d’innovation suffisament mature et efficace. Sachant que l’innovation est au coeur des modèles économiques, et donc une des racines de la création d’entreprises, il s’agit d’une exigence pour les acteurs publics. Qui doivent prendre en compte le rôle croissant des utilisateurs. Sachant par ailleurs que les applications et services les plus en vue sont hors de portée d’un seul acteur, il faut profiter de la masse des utilisateurs, en un mot, les laisser détourner et innover. Exemple parfait de cette posture, la ville de Glasgow et son programme « projet pour l’imagination de masse », Glasgow 2020.
La sixième leçon de cette présentation ne s’adresse pas aux collectivités. Elle s’adresse pour moi clairement aux ingénieurs. Ceux qui sont actuellement formés, et ceux qui sont déjà dans les entreprises ou les labos. C’est la leçon du design. Sans une forte dose de design, aucune chance à mon avis de sortir un service 2.0 qui donne envie. Qui donne envie justement aux utilisateurs, de se l’approprier, d’y ajouter autre chose, d’en faire leur objet du quotidien.
L’exemple cité ? Le Petit Poucet. Un projet de deux étudiants en master de design sur, je cite : la mise en place d’un système contextualisé dans l’environnement matériel de notre mobilité pédestre quotidienne, le trottoir. Un projet à découvrir d’urgence avant de le croiser sur votre prochain trottoir.
Et celui-là aussi, Viatelo : culture + google maps + wiki + covoiturage… En provenance directe d’un projet de Master 2 de l’Institut Ingemedia (Toulon).
Thierry nous a également reparlé du Citywall et de la montre verte -voir d’autres billets sur ce blog.
Après ces quelques éclairages du proche présent et du proche futur, Hugues Aubin nous a ramené quelques réalités. Aussi incroyable que cela puisse paraître, quand on voit toutes les réalisations numériques de ce territoire, Rennes n’a pas d’API ouverte sur son système d’information, pas d’entrepôt de données ouvertes.
Mais Rennes n’en a pas moins cependant à nous apprendre. Avec son programme “Vivre à Rennes” par exemple, un opuscule papier distribué aux nouveaux étudiants et habitants avant 2000, qui s’est vite étoffé, est passé également sur CD, puis sur Internet (avec bases de données et moteurs de recherche, plus adresses mails des sites à voir, une première jonction effectuée). En 2002, “Vivre à Rennes” s’appropriait l’Espace, avec une cartographie basique (aujourd’hui GPSisée), puis le Temps à la carte, avec le service TicTac, et enfin à présent le Sens : de la taxonomie qui était le basique thesaurus des premiers temps, “Vivre à Rennes” est un projet évolutif aujourd’hui plongé dans la poche de ses utilisateurs qui apportent et partagent leurs propres impressions des lieux et temps à Rennes. C’est ce qu’on appelle la folksonomie.
Hugues nous a également présenté en avant-première un concept mob d’un opérateur mobile européen qui n’est pas sans rappeler la Sekai Camera au récent TechCrunch : augmenter la ville à travers l’écran de son mobile.
Beaucoup d’acteurs locaux (entreprises privées, individus) innovent très vite. Ce n’est pas le même rythme que celui des collectivités, qui doivent pourtant suivre, et ont un rôle essentiel à jouer. Les territoires sont en effet intéressés quand les citoyens peuvent effectivement palper les technologies. Pour cela, ils peuvent organiser des panels d’usagers, et agir comme tiers de confiance, pour protéger ces panels du démarchage commercial (c’est ce qui sera fait dans le cadre de la plate-forme Imag’In Lab du pôle de compétitivité breton Images & Réseaux). Ils peuvent instruire du prêt de terminaux. Ils peuvent également publier l’avancement des projets 2.0 dans les gazettes municipales.
Rennes, justement, souhaite avoir ce panel d’utilisateurs permanent. Plutôt que faire du coup par coup, disposer d’un réseau d’innoventeurs d’usages. Ils souhaitent alléger le processus d’études d’usages, de manière à pouvoir expérimenter en continu.
L’enjeu est important : c’est la possibilité pour les collectivités locales et territoriales d’être elles aussi porteuses d’inventions.
Aymeric
Le cinquième écran
Les plénières de la matinée de vendredi se terminaient avec Bruno Marzloff, sociologue, animateur du groupe Chronos, cabinet d’études spécialisé dans les problématiques de mobilités et de déplacements, et coanimateur avec la Fing du programme Villes 2.0.
Bruno articula sa présentation selon le sommaire de son livre à paraître, Le 5e écran. Hélas, cinq fois hélas, le temps était trop court pour tout passer en revue, et puis aussi je crois que les transparents étaient parfois un peu déroutants, et suivre à la fois les transparents, le discours, et les bords de la feuille où je prenais des notes a été un exercice un peu périlleux.
Du coup je livre ici mes notes telles quelles, alors laissez donc dériver votre esprit, et empruntez les chemins tortueux des liens que j’ai pu retrouver, ce sera une bonne entrée en matière -poétique- avant de lire son livre.
Le foyer devient une page, la ville devient un livre ouvert.
Quelle place pour l’individu, qu’est-ce que cela change dans la ville ?
(ah oui, je précise, c’est parti, là)
Le mobile comme pivot, Internet comme sous-couche universelle.
1. Le nouveau media, ce sont les gens.
Mobile Me d’Apple ? une synchronisation centrée sur l’utilisateur. Le mobile devient le pivot des réseaux. Mobile individu et mobile objet : je suis à la fois récepteur, capteur, émetteur et relais. Mais, comme le dit Rafi Haladjian (Violet, Nabaztag), nul objet n’est une île. Les objets doivent être connectés.
2. Des écosystèmes d’écrans d’information.
Dans la ville, le Citywall. Ou le SENSEable city lab du MIT. De l’informatique partout à l’information partout.
Prennez l’exemple de Twitter. C’est un media auto-mobile. Il relie un émetteur à des suiveurs (pas des récepteurs, notez bien). Certains en ont fait un hub au service des usages de la ville, par exemple dans ce cas de la Tower Bridge, qui indique ses hauts et ses bas. Twitter est un media de l’instant, un media d’adhésion (il faut jouer son jeu), un media de contextualisation, un media présentiel.
3. Éditorialisons la ville !
Par des intermédiations universelles, une ville-forum de dialogues et d’échanges, pour se réapproprier la ville, et “tenir la ville à jour”. De la trace subie à la trace délibérée. Pour en savoir plus, perdez vous chez Fabrice Girardin.
4. Les puces régulent la ville…
De la ville ouverte à la ville monitorée. Du déductif à l’inductif, (là j’ai perdu pied, je dois le reconnaître), du centralisé à l’acentré, du statique au prédictif. Et l’expérience d’HotCity.
5. Du service public au “service urbain”
Quand l’utilisateur devient un des protagonistes du service.
6. Des places de marché
Un point essentiel, en émergence. On était avant dans la notion de centrale de mobilité, et on arrive aux places de marché. Exemple, le covoiturage. À un moment donné, avec mon mobile, je peux offrir une place de covoiturage, ou je peux savoir facilement qui dans mon secteur offre des places de covoiturage.
Oui, c’est un petit compte-rendu. Il faudrait vraiment avoir les transparents en parallèle. D’ailleurs, c’est ce qui m’est arrivé, j’ai laissé mes pensées partir en parallèle. Notamment, en écoutant Bruno, je me suis fait la réflexion qu’il y avait un rapport entre les efforts de continuité de services entre terminaux (ce qui est traité dans des lieux comme le pôle Images & Réseaux), et notre besoin de capter une information (météo, actus…) tout au long de la journée (ce dont on parlait ce vendredi matin là). Je vous laisse réfléchir à cela.
Aymeric
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