Archive pour le ‘objet communicants’ Tag

Les objets communicants se rapprochent

Conférence après conférence, les interventions sur les objets communicants se multiplient, et deviennent de plus en plus excitantes. Il y a quelques années on parlait de PDAs, on s’inquiétait de puces RFID glissées à notre insu dans nos vêtements, et le M2M (machine to machine) était le bidule qui ferait communiquer des chaudières avec l’ordinateur du chauffagiste à travers Internet.

Demain, l’objet communicant est une montre portée par la plupart d’entre nous, qui mesure la qualité de l’air et le niveau de bruit ambiants, et remonte ces informations à un serveur qui les rend publiques, pour une utilisation aussi bien par les collectivités que les particuliers. L’objet communicant est au coeur des enjeux comme du quotidien de l’humanité.

C’est au sein du programme Ville 2.0 que la FING réfléchit depuis quelques années à cette transformation de la société, nous dit Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation pour l’Internet Nouvelle Génération, ce vendredi matin. Alors qu’il est difficile de mesurer l’Internet mobile, très protéiforme, Ville 2.0 s’interroge sur l’impact et l’appropriation de ces différentes technologies, appropriation qui ne se fait d’ailleurs plus seulement sous la pression des seules technos : il y a les produits, certes, mais il y aussi les producteurs.

L’informatique est en train de quitter les écrans. Et même si la norme aujourd’hui est de ne pas communiquer (par exemple, il n’y avait pas de wi-fi dans la salle où nous étions), elle le deviendra demain. Déjà les 12000 arbres de Paris communiquent avec les bûcherons. Au Japon, où il n’existe pas d’immigration, et où le taux de natalité est de 1 enfant par maman environ, il va falloir être servi par des robots. Le Japon habitue doucement sa société à considérer les objets communicants au même titre que les êtres humains ou les animaux. L’informatique sera bientôt projetée sur les pare-brises des voitures (comme elle l’est déjà sur les cockpits des avions de chasse). On sait aujourd’hui manipuler des objets réels sur une table-écran présentant des objets virtuels et partagées entre plusieurs sites : c’est la réalité augmentée au service de la co-conception.

Entretenir les arbres, apporter une solution aux problèmes de démographie, conduire, inventer… Demain, le tissage entre les pratiques de communication et celles qui ne le sont pas sera de plus en plus complexe.

Ce n’est plus le futur. Daniel rappelle que sans RFID, pas de Velib. Pas de Velib sans mashup avec d’autres applications, notamment de cartographie. Et pourtant, “emprunter un Velib” n’est pas une pratique numérique. C’est une pratique équipée par le numérique.

Tout ceci repose sur :

  • des puces : identifieurs, capteurs, actionneurs…
  • des réseaux omniprésents : 3G, Wi-Fi, Satellite…
  • des bases de données et des logiciels : derrière la vidéosurveillance, par exemple, il y a de la reconnaissance des formes, des visages, des mouvements inhabituels…
  • de la cartographie et de la géolocalisation, en forte augmentation ces derniers temps sous l’impulsion de GoogleMaps
  • d’autres genres d’écrans : les lumières des immeubles, pour sentir vivre son territoire, des coussins de canapé, pour ressentir la présence à distance de sa famille, des murs de téléprésence, des écrans souples pour une nouvelle génération de livres

Faut-il s’en inquiéter ? Non, pense Daniel Kaplan, car les objets communicants seront ce que vous en ferez.

Le M2M, par exemple, c’est l’intelligence ambiante. Faire disparaître la techno dans l’environnement, qu’elle ne soit plus visible. Daniel présentait à ce moment un transparent très explicite, du type avant-après. Avant un salon avec télé, châine hi-fi, enceintes, 4 télécommandes, 3 téléphones. Après le même salon, seulement avec ses meubles design et ses plantes vertes.

Les objets communicants, ce sera peut-être little brother, mais pourquoi pas une surveillance réciproque ? Surveiller aussi les surveillants !

Au Japon émerge la notion de société ubiquitaire (u-japan, PDF). Les utilisateurs restent au centre du dispositif, et communiquent avec des machines sympathiques, qui sont considérées comme des interlocuteurs normaux (il est temps de relire Asimov).

Aux USA, c’est la culture du bricolage qui prédomine. Ce n’est pas la culture du service ou celle de la techno à la japonaise. Exemple, les blogjets, ces objets qui bloguent. Les objets sont démontés pour voir comment ils pourraient encore mieux communiquer sur Internet, les API se multiplient pour faciliter l’émergence de mashup entre objets et services en ligne.

Tout ceci ouvre de nombreuses perspectives territoriales. Car le numérique ce n’est pas que du virtuel, il s’incarne dans le territoire. La géolocalisation, par exemple, il faut prendre conscience de la rupture qu’elle entraîne dans les pratiques quotidiennes, et de l’importance qu’elle redonne à la carte, puis au territoire. On disait “vendredi soir on se retrouve à 20h15 devant le théâtre”. On dit de plus en plus “on fait un truc vendredi soir” puis on se retrouve via mobiles et GPS. Le territoire environnant l’utilisateur doit donc savoir s’afficher sur les terminaux de l’utilisateur. Un territoire communicant, en quelque sorte. (je me demande… avec la réalité augmentée, on ne pourra bientôt plus vraiment dire que la carte n’est pas le territoire).

Envisageons également l’apport essentiel des utilisateurs pour renseigner ce territoire 2.0, les fameux UGC, user generated contents. La FING a ainsi un projet autour du handicap en ville. Qui mieux que les personnes handicapées connaît les obstacles qui se dressent dans la ville, les permanents comme ceux qui surgissent soudainement lors de travaux, de déménagements… Ce sont donc elles qui, par des dispositifs communicants, renseignent une base de donnée de navigation urbaine.

Parlant de projets FING, Daniel revient à cette montre verte évoquée plus haut (projet City Pulse). Combien y a-t-il de capteurs de la qualité de l’air à Paris ? 10. On peut multiplier ce chiffre par 1000 en plaçant ces capteurs dans des objets faciles à porter, et en co-produisant les données environnementales avec les citadins. Certes, les capteurs ne seront peut-être pas aussi évolués que les 10 actuels, mais ceci est compensé par leur nombre, et leur répartition géographique aléatoire. Et il sera possible d’inventer de nouvelles représentations de ces données et de nouveaux services, ajouter une dimension ludique, esthétique, et de manière générale rendre plus sensibles les citadins à l’objectif de ville durable.

(si j’ai bien compris, il y aura une manifestation nationale sur ces sujets au Cent-Quatre, le 4 décembre prochain)

L’acceptance (un terme que Daniel rejette ; “acceptable” est un terme des industriels) sociale, l’éthique et la fracture numérique ont été au centre des questions. Ces trois points se situent à des niveaux très différents, selon Daniel. S’il y a un écart qui ne s’est jamais réduit sur les usages de l’Internet, c’est celui du niveau d’éducation, partout dans le monde. Sauf cas pathologique, on n’a pas un “numérique” qui éloignerait les gens, au contraire.

Ce qui est essentiel de comprendre, c’est que si les territoires ne s’approprient pas ces nouvelles pratiques, n’ouvrent pas leurs bases de données aux autres (et accèdent à celles des autres), et notamment aux individus, ce seront d’autres organisations, des entreprises, peut-être hors du territoire en question, qui le feront. C’est donc un grand chantier qui est ouvert, et qui se fait tous ensemble, collectivités et citoyens.

Une belle question, pour finir : est-ce que la mesure de l’environnement doit être réservée à des spécialistes, ou au contraire être ouverte à la participation du plus grand nombre (et donc son information / éducation, au passage) ?

Aymeric

(j’en profite pour signaler la prochaine édition de HDMOC (haut-débit, mobilité, objets communicants) à Brest sur la réalité virtuelle et augmentée, le jeudi 20 novembre)