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Web 2.0, mass media et serendipity

Christophe Aguiton, chercheur à FT R&D et est intervenu sur le web 2.0 et j’interviens au fil de quelques uns des nombreux thèmes qu’il a abordé :-)

    – Christophe rappelle la période de la “dot-com bubble” ou bulle Internet. Lorsque la bulle spéculative a affecté les secteurs informatiques et telecoms, « seul Google et le logiciel libre étaient restés sur le terrain…ainsi que les technologies au faible coût d’entrée, favorisant l’innovation ascendante… ». Effectivement le modèle de développement de google basé sur l’indexation et l’organisation de l’abondance de ces informations sur Internet ainsi que le modèle robuste du logiciel libre a résisté à la bulle. Dans le domaine du logiciel libre, le modèle d’affaire est plus solide en terme d’emploi local que les entreprises qui s’appuient sur du code fermé. Le logiciel libre permet de répondre à des besoins métiers de façon flexible et rapide (release), l’accessibilité du code sous licence libre permet aux clients de ne pas perdre l’avancement dans leurs projets de R&D car ils ne sont pas dépendants de fournisseurs.
    Sources et infos: April et Framasoft
    – Christophe poursuit en citant « la dynamique de San Francisco (U.S) liée à sa capacité de mobilisation et d’ouverture vers les usages sociaux. » Effectivement, la côté californienne héberge l’Université de Berkley, l’école de Palo Alto…etc qui sont de véritables think tank ouverts et participatifs dû à une grande diversité d’étudiants et de chercheurs internationaux. Cette volonté « politique » et interne de participer à des projets ouverts se retrouve également dans le département R&D du MIT qui porte des projets phares tels que l’ordinateur à 100$ où ce projet de « Center for Collective Intelligence“. Plus près de nous, le réseau des réseaux francophnes de la coopération, de l’intelligence collective et des pratiques collaboratives avec le réseau Intercoop, né aux Etés Tic de Bretagne en juillet 2007 dans le prolongement du groupe IC-Fing, du Forum des usages coopératifs, des ateliers sur la coopération d’Autrans.
    – Un autre enjeu que j’ai noté concerne « l’ouverture des API ». « La connaissance des API est indispensable à l’interopérabilité entre les composants logiciels » et pourtant ébranle régulièrement les corporates. Face à la flexibilité actuelle des outils innovants, libres et interopérables, certains marchés comme Apple, Sony ou Microsoft s’essoufflent en tentant de garder un marché captif, assèchent l’innovation par des brevets logiciels, en imposant des DRM pour contrôler l’utilisation d’oeuves numériques…etc
    Cet enjeu est d’autant plus important qu’il est un frein aux pratiques des usagers (marché captif) et à la circulation des informations. Parlant de formats standards Open Office 3.0.0 vient de sortir!
    Des infos aussi sur le site de l’IETF qui participe à l’élaboration de standards pour Internet
    - Christophe aborde les « barcamps comme étant un élément démocratique “radical” dans le sens poussé ». Pour rappel, un ”BarCamp est une rencontre d’un week-end, une non-conférence ouverte qui prend la forme d’ateliers-événements participatifs où le contenu est fourni par les participants qui doivent tous, à un titre ou à un autre, apporter quelque chose au Barcamp’. Je vais initier un BarCamp prochainement à Rennes car ce type d’organisation permet des rencontres efficientes sur des besoins métiers, R&D, des porteurs de projets qui peuvent répondre rapidement à l’évolution de ces outils, des besoins des usagers et du potentiel technique. Un article que j’ai rédigé à ce sujet : www.a-brest.net/article4186.html. Ce type d’événement a “emergé” de façon similaire dans des domaines hors TIC, comme les cafés publics citoyens ou arts de la rue, et sont demandeurs de formation pour échanger leurs rencontres vis ces outils du 2.0.
    - Identité numérique et Facebook. Christophe aborde « le profil d’une chercheuse qui a intégré son profil et des données personnelles sur Facebook ». Facebook représente un réseau social né à Harvard, le siège est à Palo Alto (californie) et comprend les bases de données de 90 millions de personnes. Ce sujet mérite que l’on s’attarde un moment sur les dangers de la banalisation de la diffusion des informations personnelles sur Internet.
    Par effet de réseau et imitation, les gens entrent leurs données sur facebook ainsi que des informations personnelles. Or, plusieurs millions de profils ont été volées en 2007. Et la plupart des utilisateurs n’ont pas été informé des risques ni de ce que rapporte ces données personnelles à certaines entreprises (cf, chercheuse Claudine Bonneau UQAM – Montréal) . Documents sur une étude canadienne.
    - Christophe défini comme « un heureux hasard » la Serendipité. Intéressant car « un heureux hasard », se rapproche plutôt de la « coïncidence » vu sous cet angle. Or,je ne connaissais que cette définition : « trouver sans chercher spécifiquement l’objet cherché »! Appliqué au domaine des TIC, les boites à outils sont nombreuses et recèlent de nombreuses options donnant lieu à des créations issuent du hasard… En téléphonie mobile, l’ergonomie et l’organisation des services courants apportent du confort de navigation mais ce n’est pas du hasard tout comme lorsque l’on effectue des recherches dans un moteur de recherche et qui utilisent des algorithmes de classement/ranking (Ex: pour Google). L’organisation du hasard doit prendre en compte les usages sans réduire ou formater ces possibles qui sont les facteurs d’innovations.

Merci Christophe pour cette intervention dense qui initie le débat, des réponses aux enjeux des media masse, des inégalités d’accès et de ce que les collectivités peuvent apporter pour réduire ces inégalités.

Valérie

La participation online à Brest, par Hubert Guillaud

Hubert Guillaud, intervenant sur l’une des sessions TED, nous fait l’honneur de produire une note à partir de l’atelier animé par Marc de Fouchécour. L’article est disponible sur le Tumblr de la FinG et nous le relayons ici, trait pour trait. Encore merci à Hubert :

A l’occasion des 1ère rencontres nationales Cap Com, Communication et territoires 2.0, qui se tenaient à Rennes les 16 et 17 octobre et où la Fing intervenait massivement, je partage quelques notes, factuelles, de l’atelier “Intéragir avec les citoyens” animé par Marc de Fouchécour de NextModernity et Gaelle Malgorn de la ville de Brest, qui présentait en détail l’expérience participative en ligne Brestoise.

La participation à Brest

Participation-Brest, le site, a été créé en 2002 dans le but de développer la participation des habitants. Outil ouvert de participation sur les initiatives des habitants (présentant la vie des quartiers, et accueillant quelques 10 journaux de quartiers en ligne), sur les conseils de quartier (compte-rendu et forums), et sur la citoyenneté des jeunes (pour que les jeunes puissent retrouver en ligne leurs témoignages récoltés lors de la Semaine des droits de l’enfants organisée chaque année autour du 20 novembre). Le site produit une lettre d’information bi-mensuelle (280 abonnés).

Sur ce site, l’écriture en ligne est parfois faite par les services de la ville, mais aussi par les habitants, d’où la nécessité de les accompagner via des formations à la demande sur le thème de l’écrit journalistique (techniques de l’interview, etc.) ou sur l’utilisation des outils, organisés tout au long de l’année et dont les habitants sont très demandeurs. Depuis 2005-2006, les formations se sont rendues dans les quartiers pour être plus accessibles aux acteurs du terrain. Cela a donné naissance à des sites collaboratifs de quartiers, comme le projet de l’internet de quartier de Kérourien ouvert depuis un espace multimédia situé dans un appartement d’un quartier difficile, valorisant les productions des jeunes du quartier. Les journaux de quartiers sont à l’origine des journaux papiers, et certains commencent à être mis en ligne. L’idée de mettre en ligne des écrits est d’ailleurs partie de l’idée de donner à lire ce qu’il se passait sur les quartiers à l’autre bout de la ville.

L’écrit public représente l’expression publique que se soit sous forme d’écrit, de vidéo, de photos, de sons. Pour le Service Démocratie Locale et Citoyenneté de la Ville de Brest, l’accompagnement à l’écrit public est capital : il passe par la valorisation des projets sur le site, l’accompagnement, le prêt de matériel et par une manifestation tous les deux ans autour d’Ecrits-Ecrans publics pour valoriser les réalisation. Une manifestation qui se construit en mode collaboratif, en présentiel et via un wiki, comme la plupart des rencontres brestoises (une quizaine de rencontres se construisent en ligne à Brest). Bien évidemment, les écrits publics se multiplient et se diversifient : projet de création d’une web radio par un collège, mise en place d’ateliers de formation à la vidéo légère, à la musique assistée par ordinateur.

Les acteurs produisent du contenu, valorisé par les sites, comme le Mediablog qui stocke images et vidéos en ligne. Les écrits se diversifient vers la coproduction de savoirs publics, avec Wiki-Brest pour que les gens puissent parler de leur quartier de leur vie, partant du principe que chacun a quelque chose à apporter. Une approche qui veut avant tout favoriser le lien social, valoriser les personnes et viser la reconquête de l’estime de soi, car au-delà de la valeur du contenu, il y a une fierté de montrer qu’on est capable de mettre quelque chose en ligne.

Avec 100 Points d’accès public à l’internet (Papi), Brest montre l’importance de l’accompagnement, de la médiation, du temps long de l’appropriation. Pour développer des contenus, Brest a développé des wiki-journées sur certains thèmes (les recettes de quartier, les femmes, la musique…) pour recueillir des témoignages auprès des gens, dans les maisons de quartier, dans les maisons de retraite, les écoles… Cela a donné naissance aussi à Wiki-Comptoir pour que les gens se rencontrent et des formations à l’écriture sur un Wiki… Une personne travaille à temps complet sur WikiBrest.

WikiBrest, c’est 1840 articles, 100 nouveaux articles par mois, 878 contributeurs, plus de 2 millions de pages vues depuis le lancement du projet. WikiBrest a fait des petits : WikiManche, WikiPicardie et bientôt WikiRennes.

Pour Gaelle Malgorn, les facteurs de la réussite reposent sur des acteurs locaux dynamiques et motivés (Papi, structures de quartiers…),

  • une volonté politique (un élu notamment, Michel Briand),
  • et un accompagnement et un soutien des services de la ville de Brest (7 personnes dédiés à ces projets).

Il faut continuellement accompagner, solliciter, donner l’envie d’écrire, rappelle Gaëlle Malgorn.

Quel objectif, quelles passerelles, quelle évaluation ?


“Mais quel est l’objectif ?”, demande une personne du public. L’objectif était de donner la parole aux personnes, répond Gaelle Malgorn. Le retour on l’a par les contenus, par la qualité. L’objectif était de favoriser le lien social, de valoriser les personnes et de faciliter l’appropriation par tous des nouvelles technologiques. Cela nous a permis de toucher les jeunes qui n’ont plus envie d’utiliser un crayon et d’une feuille de papier, comme à l’école.

Sur participation-Brest, il y a un processus de validation des articles. Mais sur Wiki-Brest, l’article est immédiatement valorisé. Trois personnes font de la modération sur le wiki. Les questions posées sont transmises aux élus. Sur participation-Brest, les rejets d’articles ne sont pas si fréquents (98 % d’articles validés), car il y a une charte d’utilisation. Les articles politiques donnant des opinions sur les hommes politiques locaux sont écartés par exemple, car ce n’est pas le but de cet espace.

Reste qu’aujourd’hui, les passerelles entre le site officiel de la ville de Brest et WikiBrest ou Participation-Brest n’existent pas vraiment (hormis des liens vers des contenus précis). Une remarque qui fait débat dans le public, comme si la ville n’assumait pas ses quartiers et n’allait pas jusqu’au bout de la reconnaissance qu’elle initie… Bien sûr, les internautes peuvent faire leur propres passerelles, leur propre portail, rappelle Marc de Fouchécour : si les collectivités ne tissent pas de liens, les gens le feront.

“Quelle évaluation est faite de l’initiative ?”, demande une autre personne du public. On sait que c’est souvent les mêmes personnes qui s’impliquent, les mêmes que celles qui sont bien souvent actives dans les associations… On voit bien, insiste Gaëlle Malgorn, que ce travail dépasse le seul cadre d’un seul service ou d’une seule mission. L’intérêt et la stratégie sont différentes. A Rennes, l’interrompt l’un des responsables de la ville, la montée en puissance de l’information locale s’organise aujourd’hui de façon destructuré. L’idée d’un wiki à Rennes, a pour but d’offrir une expérience de partage de vécu du territoire.

“Comment les agents, les autres élus recoivent ce type de sites ?”, demande une autre personne. Tout le monde n’est pas réceptif. Mais les formations sont ouvertes aux personnels de la ville, aux animateurs des quartiers. Le personnel formé, petit à petit, utilise aussi ces outils. Le plus important, explique Gaëlle Malgorn, c’est que des citoyens, parfois les plus éloignés, ont été rattachés au projet, s’expriment maintenant en ligne, et traces après traces collectent la mémoire et la vie des brestois.

Hubert Guillaud

Ouverture des plénières : le web 2.0, une opportunité pour ré-inventer les relations entre les élus et les citoyens

Ambiance feutrée et jazz dans l’amphithéâtre des Champs Libres pour débuter l’ouverture de cette première édition 2008 à Rennes sur les Territoires et Communication 2.0 et dans le cadre des 1ère Rencontres Nationales de la Communication et Technologies.

- Xavier Crouan lance la thématique en soulignant l’intérêt des nouveaux usages dans les territoires augmentés et la mise en oeuvre de ces applications. Dominique Mégard présente les services mobilisables pour accompagner les agents territoriaux dans cette transformation des métiers.
-Daniel Delaveau, nouveau maire entrant à la ville de Rennes, a rappelé l’évolution rapide des technologies ainsi que sur l’intérêt qu’apporte à la cité et ses acteurs ‘l’intelligence collective et la démocratie locale sur un territoire qui s’agrandit lorsque l’on passe du physique au virtuel (…) cette communication n’y sera pas que descendante mais aussi ascendante. Obligeant à a re-inventer les relations entre les élus et les citoyens ».

Valérie

Responsabilité juridique : les charmes de la LCEN

R.Placidi en action

R.Placidi en action

Parmi les ateliers programmés lors du Cap Com Net, l’un des moins glamours a priori aurait pu être celui de la responsabilité juridique. Et pourtant, Rolande Placidi, avocate du cabinet lyonnais Vedesi, a réussi ce qui semblait a priori difficile : tenir en éveil une assemblée de communicants à l’heure de la digestion, en rendant intéressante la présentation de la Loi de Confiance en l’Economie Numérique du 21 Juin 2004, la LCEN pour les intimes.

Ce qu’il faut retenir de cet atelier :
La LCEN instaure un droit spécifique de l’internet, et distingue deux types d’acteurs du web , les hébergeurs (prestataires techniques) et les éditeurs de services (par exemple, les collectivités territoriales). Ce qui établit deux niveaux de responsabilités différents:
- les hébergeurs ne sont plus a priori responsables civilement de tous les contenus hébergés par leurs soins. En revanche, dès lors qu’ils ont connaissance de contenus illicites, ils doivent prendre les mesures appropriées.
- les éditeurs sont quant à eux responsables des contenus publiés sur leurs sites : à ce titre, il est important de souligner que tout site doit afficher le nom de son directeur de publication, de son responsable éditorial, et les coordonnées de son hébergeur. Tout éditeur doit veiller au respect des droits d’auteurs (attention aux contrats de cession de droits et au droit à l’image !). Une attention particulière doit d’ailleurs être portée aux esquisses d’architecte, dont les auteurs n’ont pas forcément autorisé une publication tous supports…

Le problème, car il y en a, est que la loi laisse la place à des interprétations et des jurisprudences différentes. Témoin, notamment, le cas Fuzz : l’hébergeur a été considéré comme éditeur, dans la mesure où un choix éditorial avait été fait, agrégeant des flux rss de différentes origines, ceux-ci ayant pour point commun un intérêt marqué pour la vie amoureuse et privée d’un certain acteur français et d’une certaine chanteuse australienne (voir ici ).

Concrètement, pour une collectivité territoriale hébergeant des blogs de quartier, des wikis, des sites de conseils de quartier, ceci implique une attention forte portée aux contenus publiés, un point souligné avec d’autant plus de force par l’intervenante que celle-ci a été, dans une vie antérieure, attachée dans une collectivité territoriale et confrontée à des cas de figure similaires. Petit conseil : élaborer une charte des bonnes pratiques, et la faire signer par toutes les personnes susceptibles de publier sur ces outils. Attention
également aux liens pointant du site de la collectivité vers d’autres sites, notamment d’associations : les règles de choix des liens doivent être annoncées clairement en amont, et le contenu des sites vers lesquels on pointe, évalués.

Enfin, il existe aussi sur internet un droit des minorités à être publiées : dans la mesure où le site internet de la collectivité présente des informations générales sur la ville, les grands dossiers de la politique municipale, cela ouvre droit à l’expression des élus de l’opposition sur le web.

D.Kergosien